lundi 17 septembre 2012

Lundi 17 septembre (jr 20): Castrojeriz à Fromista (26,1 km)

Des champs de blé et de tournesols
Aujourd'hui nous marchons pour mon amie Louise pour qui c'est une journée cruciale, nous te souhaitons que de bonnes nouvelles.  Nous marchons également pour Nicole Guinard dont c'est l'anniversaire aujourd'hui; Nicole est une pèlerine qui a fait le Chemin au printemps dernier et dont le récit m'a beaucoup inspiré.

Nous partons tôt ce matin car nous avons 26 kilomètres à marcher jusqu'à Fromista; ce sera notre plus longue journée de marche.  Je fais encore transporter mon sac aujourd'hui par prudence et afin de ne pas surcharger ni retarder Serge.  Nous traversons la ville de Castrojeriz qui est une longue rue étroite et austère.  Il n'y a que quelques pèlerins devant et derrière nous et il fait très noir; la lune nous a faussé compagnie.

Après avoir traversé un pont, nous débutons la montée de l'alto de Mostalleres ayant 12% d'inclinaison sur 1 kilomètre.  Tout là-haut, nous voyons les lumières des petits villages dans la vallée et les éoliennes qui scintillent au loin.  Un pèlerin en vélo a passé la nuit dans l'abri au haut de la montagne pour le plaisir de la solitude et de la tranquillité.

Au haut de l'alto de Mostalleres au lever du jour

Je retrouve Martine et Guy, un autre couple français qui était avec nous à El Molino et qui sont fort sympathiques.  Nous marchons 600 mètres sur la meseta de Mostelares avant d'amorcer une descente raide sur 350 mètres.  Le chemin se dessine à travers les champs de blé fraîchement coupés; au loin les pèlerins ont l'air de fourmis laborieuses.  Les champs de tournesols ont la mine basse et des collines brunes garnies de quelques arbustes alternent avec les champs jaune paille, c'est un décor exceptionnel.

Descente de la meseta

Au bout de 3 heures de marche nous arrivons au village d'Itero de la Vega (il est 9h30) et nous prenons notre premier café de la journée avec des tostadas (croutons de pain grillés) et de la confiture, puis nous reprenons la route.  Un pèlerin-quêteux, qui revient de Santiago avec son chien, accoste Serge et lui demande de l'argent pour manger.  Naturellement Serge, en bon samaritain, lui donne quelques euros.

A 11h45 (20 km déjà), nous arrivons au village de Boadilla del Camino.  Sur la place centrale nous voyons un Pilori de la Justice datant du 15e siècle, appelé Rollo.  Nous nous arrêtons au restaurant de l'albergue En el Camino; c'est un très bel endroit avec un jardin tropical orné de sculptures de pierres poreuses.  Je prends une soupe aux lentilles et Serge une soupe à l'ail sur la terrasse, c'est maintenant un classique pour nous.  Sans tarder nous reprenons la route car il reste encore 6 kilomètres avant d'arriver à Fromista.  Aujourd'hui nous avons eu la chance de marcher sous un ciel couvert de nuages blancs que le soleil perçait difficilement, rendant la marche confortable.

Albergue En el Camino

Vue sur Boadilla del Camino

Après Boadilla del Camino, nous longeons le canal de Castilla jusqu'à Fromista; ces travaux d'irrigation furent réalisés au 18e et 19e siècles pour répondre aux besoins d'eau pour ces terres arides jadis difficilement cultivables. A l'entrée de Fromista se trouvent une série d'écluses que l'on traverse sur une passerelle.  Nous arrivons à notre destination à 13h30 après 7 heures de marche.

Le sentier le long du canal de Castilla

Nous nous installons à l'albergue privé Estrella del Camino très bien entretenu et décoré.  Nous sommes dans une chambre de 5 lits à 2 étages qui ne sont pas tous occupés.  Demain je marcherai avec mon sac car je me sens beaucoup mieux.  Ce soir, nous mangeons de la pizza à l'albergue, préparée par la propriétaire.

Albergue Estrella del Camilo, l'heure du lavage

Notre dortoir à l'albergue




Dimanche 16 septembre (jr 19): Hornillos del Camino à Castrojeriz (19,7 km)

Attaquée par les moustiques
Tout d'abord, nous tenons à remercier tous ceux qui nous ont envoyé des messages d'encouragement. C'est très réconfortant de vous lire.

C'est un réveil au chant du coq ce matin.  Aujourd'hui je fais transporter mon sac à dos par le service Jacotrans (7 euros).  Serge en a profité pour alléger le sien en remplissant le mien au maximum.  J'ai encore le rhume et quelques douleurs au dos.  Après un copieux déjeuner, nous partons en voiture pour Hornillos  où nous commençons à marcher à 7h45.  La température est plus froide qu'hier, aussi je marche rapidement, aussi vite que Serge; c'est facile sans sac sur le dos.

Nous marchons sur la meseta qui nous offre des paysages semblables à ceux d'hier, avec en plus de nombreuses éoliennes, des cairns et des arbustes à fruits rouges.  Il y a beaucoup de moustiques et comme je suis congestionnée, je respire par la bouche.  Voilà qu'un de ces malfaisants s'aventure dans ma bouche et je l'avale.  Burk!!! Je récupère le chasse-moustiques qui  est dans le sac à Serge et je m'en asperge abondamment.  Les moustiques n'aiment pas ma nouvelle odeur (moi non plus) et se tiennent à distance.

Paysage de la meseta

Un vent léger se lève, ce qui rend la marche agréable.  Nous arrivons à Hontanas à 10h45, après 2,5 heures de marche (10,6 km); je dois faire 3 cafés-bars avant d'en trouver un qui a des "napolitanas", j'ai enfin appris le nom espagnol des fameux croissants au chocolat.  Nous rencontrons Shaela et Andrea qui semblent bien fatiguées de leur nuit sur un matelas dans le gymnase; il n'y avait plus de places à l'albergue municipal.

Pause-café à Hontanas

Nous continuons notre route sur le sentier qui débouche sur la route de Castrojeriz et qui est bordé de grands arbres.  Au bout de 2 kilomètres, nous passons sous les voûtes en ruines du Couvent de San Anton, un joli endroit tout fleuri.  Nous nous y arrêtons en compagnie de Michel de Montréal que nous avions déjà rencontré la veille. Nous y retrouvons aussi Shaela et Andrea qui semblent s'être bien remises de leur nuit dans le gymnase.

Les ruines du Couvent de San Anton

Retrouvailles avec Shaela et Andrea

Peu de temps après, nous voyons au loin la ville de Castrojeriz que nous atteignons 3,5 kilomètres plus loin, à 13h30.  C'est une ville où il n'y a pas grand-chose à voir à l'exception de son château-fort en ruine et de ses églises.  Nous nous installons au petit hôtel El Meson car l'albergue municipal est déjà complet.  L'hotel possède un très bon restaurant où nous dinons. Comme c'est dimanche, tous les villageois se promènent dans la rue ou prennent de la bière dans les bars.

Au loin, Castrojeriz; je marche encore le dos croche

Nous allons souper au restaurant de l'hôtel en compagnie de deux couples français, dont Martine et Guy qui étaient avec nous à la casa rurale El Molino hier.

Souper au restaurant de l'hôtel El Meson

Sheila et Andrea ont aussi le rhume.  Il semblerait que je les ai contaminées.  Serge leur donne des Tylenols, il est une vraie pharmacie ambulante.  Nous recevons des courriels de nos amies Pat 2, Donna et Teresa, avec qui nous avons marchées au début du voyage. Pat 2, Lola et Teresa sont quelques jours en avant de nous, mais Donna s'est blessée à nouveau au pied ce qui la ralentit beaucoup.  Mary et Rod sont aujourd'hui à El Molino et sont également enchantés des lieux. C'est plaisant de garder contact avec des personnes que nous avons rencontrées à plusieurs reprises.

Nous avons marché 5h45.

dimanche 16 septembre 2012

Samedi 15 septembre (jr 18): Burgos à Hornillos del Camino (19,1 km)

Une journé difficile
Hier soir nous avons soupé sur la plaza près de la cathédrale avec Mary et Rod de Chicago au son des carillons de la cathédrale.  L'atmosphère était à la fête tout autour; ce fut difficile d'être sages et de rentrer nous coucher vers 21h00.

Ce matin nous quittons l'albergue dès 7h15 et longeons la cathédrale qui est bien calme sans ses admirateurs. Le thermomètre indique 6 degrés mais il fera jusqu'à 30 degrés aujourd'hui; ce sera une dure journée.  Nous marchons pendant une heure pour sortir de Burgos en suivant la piste cyclable et le large trottoir carrelé.

A la sortie de Burgos

A la hauteur de Villabilla nous contournons les autoroutes qui s'entremêlent les unes au-dessus des autres. A 10h00 nous arrivons à Tardajos par la route secondaire qui relie les villages et nous faisons un arrêt "café, croissant".  Il était temps car j'avais l'estomac dans les talons.  Comme c'est souvent le cas, les pèlerins se déchaussent et dorlotent leurs pieds.  Sheila et Andrea arrivent et se joignent à nous. Sheila, qui n'a pas beaucoup d'appétit a perdu plusieurs livres depuis le début de son voyage; elle se perd dans ses pantalons et ce n'est pas pour lui déplaire.  Elle s'ennuie de la bonne cuisine italienne de sa famille.

Nous reprenons la route et passons par le village de Rabé de las Calzadas qui est très joli avec ses fontaines et ses maisons fleuris.  Pendant les 7 kilomètres suivants nous marchons en plein soleil sur une piste en cailloux; c'est le début de la meseta, ces plateaux arides aux couleurs jaune paille et brun, qui alternent avec des vallons cultivés. 

La fontaine de Rabé de la Calzadas

Les plateaux de la meseta

J'ai bien mal au bas du dos et j'avance lentement et difficilement; j'écoute de la musique pour me remonter le moral.  Pour la première fois, je suis vraiment découragée, et puis je pense à mon amie Louise qui vit des moments difficiles et je reprends courage pour elle et pour moi.

Au point haut du plateau, nous amorçons une descente raide vers Hornillos del Camino.  Je vois Serge qui m'attend en bas et, à mon arrivée, il prend mon sac avec lui; j'ai vraiment un bon mari.  J'ai le dos tout croche et le nez qui coule.  C'est de peine et de misère que je me rends jusqu'au village. 

Descente vers Hornillos del Camino

Après avoir mangé une soupe aux lentilles, j'appelle à la Casa rurale "El Molino" où j'ai réservé une chambre pour la nuit, afin qu'ils viennent nous chercher car ils sont situés à 8 kilomètres du Chemin.  Leur demeure est sur une ferme avec beaucoup d'oies, de paons, de poules et de coqs. Il y a même un chien de race gordon setter, comme notre Ginger, qui se laisse caresser par Serge.

Une consoeur de notre Ginger

Après la douche et le lavage de nos vêtements, je fais une longue sieste pendant que Serge jase dans le jardin avec les autres pèlerins, les deux Martine, Guy et Bernard qui logent aussi à la ferme; nous sommes 11 en tout.  Et pour clore la soirée nous avons droit à un réel festin arrosé de vin et de digestif; c'est le meilleur repas de tout notre voyage.  Serge a même mangé de la soupe aux calmars, une première et un exploit pour lui.

Souper inoubliable à Casa Rural  El Molino

La propriétaire nous apprend qu'une scène du film "The Way" a été tournée à leur résidence; elle est même figurante dans le film.

Aujourd'hui nous avons marché pendant 6h45.

vendredi 14 septembre 2012

Vendredi 14 septembre (jr 17): Atapuerca à Burgos (22,6 km)

Perdus à Burgos
Il est 7h00 et il fait froid ce matin (environ 8 degrés) lorsque nous partons pour Burgos.  Une petite côte nous aiderait à nous réchauffer mais il n'y en a pas; seulement de gros cailloux que nous essayons d'éviter le plus possible.  Ce matin nous marchons avec nos coupe-vent, nos tuques et nos gants (j'en aurais mis deux paires).

Au bout de 2 kilomètres, nous arrivons au Termino de Atapuerca (col à 1060 mètres) où se trouvent une grande croix et des cairns reproduisant de grands cercles.

Nous traversons ensuite des champs et des villages endormis, tels que Villaval et Cardeñuela; pas de chance, les bars sont fermés et j'ai vraiment besoin d'aller aux toilettes.

En route pour Vilaval

Au bout de 2 heures de marche, nous arrivons à Orbaneja où tous les pèlerins s'agglutinent au bar et où la file d'attente aux toilettes est longue. Dès qu'elle est libre, j'opte pour celle des hommes; maintenant je peux enfin aller boire mon café et manger ..... vous savez quoi.

Pendant que de vilains pèlerins optent pour l'autobus pour se rendre à Burgos (Sheila et Andrea sont de ceux-là), nous choisissons le chemin qui passe par Castañares et par le bord de la rivière.  Nous passons par des champs, sous des ponts, puis longeons des barbelés qui délimitent le terrain d'aviation.Pour oublier la monotonie du décor, j'écoute du Daniel Lavoie sur mon MP3; Ah! que j'aime la poésie de ses chansons.

Les deux pieds dans l'eau, dans la banlieue de Burgos

En arrivant à Burgos, nous suivons tant bien que mal les indications du Chemin, puis tout à coup, nous les perdons.  Nous voyons un pèlerin espagnol qui demande de l'information et nous décidons de le suivre.  Il passe par le Parc de Fuentes Blancos qui longe la rivière Arlanzon et qui s'étire à n'en plus finir.  Mais notre Espagnol marche très vite et bientôt je ne vois plus qu'une tache orange au loin (son sac à dos); n'oubliez pas que Serge a encore mal au pied et ne marche plus aussi rapidement.  Toujours pas d'autres pèlerins, ni d'indications du Chemin aux alentours.

Dans le parc Fuentes Blancos à Burgos

Finalement nous apercevons de l'autre côté de la rivière, la magnifique cathédrale Santa-Maria, la fierté de la ville de Burgos, où se trouve tout près l'albergue municipal Casa de los Cubos.  Ce n'était pas notre objectif de la journée car nous voulions nous arrêter à la Casa Emaus avant d'entrer dans la ville, mais finalement notre errance nous a fait gagner une journée sur notre itinéraire; de plus l'albergue est excellent et nous sommes installés dans la partie neuve qui est très bien aménagée.

Notre dortoir à l'albergue municipal Casa de los Cubos
 
Nous profitons de l'après-midi pour nous promener dans la ville qui est très belle et visiter la cathédrale Santa Maria.  Lorsque nous arrivons devant la cathédrale, des croyants transportant un homme en croix, s'apprêtent à entrer dans la cathédrale.

La cathédrale Santa Maria

Procession simulant le Christ sur la croix devant la cathédrale

Nous retrouvons à un restaurant nos amies Sheila et Andrea ainsi que Jimmy du Japon (ce n'est pas son vrai nom, mais c'est comme cela qu'on l'appelle étant donné que nous n'arrivons pas à prononcer son vrai nom). 

Pendant que Serge prend quelques bières avec eux, je pars à la recherche d'une banque pour retirer de l'argent.  Sur les conseils d'une vieille dame, je me rends de l'autre côté de la rivière où je trouve la banque mais le guichet refuse de me donner de l'argent.  Je retraverse la rivière et cherche une autre banque.  J'obtiens finalement de l'argent, mais je n'arrive plus à retrouver le restaurant où j'ai laissé Serge et nos amis.  Après avoir viraillé dans toutes les petits rues, je les retrouve enfin.  Non, je n'étais pas inquiète car j'ai l'habitude de me perdre et de me retrouver dans les villes inconnues.

Nous sommes arrivés à l'albergue à 12h30 et avons marché pendant 5h30.

Jeudi 13 septembre (jr 16): Villafranca à Atapuerca (18,8 km)

Superman a mal
Nous quittons l'albergue San Anton Abad à 7h15 et pendant plus d'un kilomètre le chemin monte constamment.  Le temps est frais mais nous nous réchauffons rapidement.  Le sentier passe dans la forêt où les fougères ont passé du vert à orange brûlé.  Pas de bruit de voitures, seulement le chant des oiseaux; c'est merveilleux.  Le ciel est couvert de nuages sombres menaçants.  Va-t-il pleuvoir? J'espère que non car mon poncho est dans le sac de Serge qui est déjà loin devant moi.

J'ai dans la tête une chanson d'Henri Salvador, ce qui m'aide à garder un rythme plus rapide ce matin.  Au bout de 4 kilomètres, j'arrive au monument commémoratif de la Guerre Civile de 1936 en Espagne où Serge m'attend.  Il a mal en dessous du pied gauche.  Serait-ce que l'invincible Serge a ses limites ? De mon coté tout va bien.

Monument commémoratif de la Guerre Civile de 1936 en Espagne

Nous marchons pendant quelques kilomètres avec Shaela (de San Diego, Californie) et Andrea (d'Irlande) que nous rencontrons régulièrement depuis une semaine.  On ne sait plus qui suit qui, mais nous nous amusons beaucoup avec ces deux "joyeuses luronnes".

En compagnie de Shaela et Andrea

Nous faisons un bref arrêt à San Juan de Ortega où nous trouvons un bar, mais pas de croissant au chocolat. Maintenant il pleut légèrement, ce qui nous oblige à sortir nos ponchos.  Ensuite le chemin va de montées à  descentes jusqu'à Atapuerca où nous arrivons à 12h45.

Sentier d'abruptes descentes et montées

C'est un petit village où il n'y a pas grand chose à faire ni à voir, à l'exception de son site archéologique où des fossiles humains datant d'un million d'années avant aujourd'hui ont été retrouvés.  Nous nous installons à l'albergue del Peregrino où les douches sont mixtes et toutes petites; il faut se déshabiller et se rhabiller à l'extérieur, donc pas de douche pour moi aujourd'hui.

Nous soupons au restaurant Comosapiens avec Marianne et Valter, un couple allemand très sympathique qui parle un peu l'anglais.  C'est souvent laborieux pour se comprendre mais avec de la patience et de la tolérance nous apprenons à nous connaître.  C'est un très beau restaurant et la nourriture est bonne mais le propriétaire a une humeur massacrante.  Nous pensons qu'il n'aime pas les pèlerins. 

Souper au restaurant Comosapiens à Atapuerca avec Marianne et Valter

Aujourd'hui nous avons marché 5h30.